Le 7 juillet 2018, l’Union Européenne a finalisé les négociations pour un accord de libre-échange avec le Japon. Accord en négociation depuis 2013, le JEFTA (ou JEEPA) représente une opportunité commerciale importante pour l’Europe, car le Japon est la 3ème puissance mondiale en commerce et marché de consommation national, et le 2ème partenaire commercial de l’Union Européenne après la Chine.

Qu’est-ce que le JEFTA ?

Le JEFTA, en anglais Japan-Europe Free-Trade Agreement, signifie Traité de libre-échange entre Europe et Japon. Un traité de libre échange est un accord commercial passé entre deux ou plusieurs pays pour faciliter les échanges commerciaux entre eux. Les accords de libre-échange prennent de nombreuses modalités, c’est pourquoi leurs négociations sont longues.

Les modalités peuvent prendre la forme de taxes à l’importation : lorsqu’un produit provient d’un pays étranger, il est taxé et son prix est alors plus élevé sur le marché national par rapport aux produits issus du pays.

Les modalités peuvent être réglementaire, un pays peut être plus exigeant concernant les normes d’hygiène, de production et de conservation de certains produits. C’est en grande partie la raison de l’échec des négociations du TAFTA/TTIP (Traité Transatlantique d’investissement et de partenariat) entre les Etats-Unis et l’Union Européenne, que cette dernière avait refusé en 2013 suite aux trop grandes divergences réglementaires sur les produits agricoles.

Les dernières modalités sont les conditions d’implantation des entreprises étrangères sur le marché national qui peuvent être très complexes, ce qui empêche certaines entreprises de s’établir sur le territoire et proposer leurs produits ou services.

Le JEFTA a été en négociation depuis 2011 et pose toutes ces modalités qui permettent aux entreprises européennes et japonaises de faciliter leurs échanges, rendant ainsi mutuellement leurs produits et services disponibles sur les deux territoires.

 

Pourquoi est-ce un avantage pour les entreprises technologiques ?

Un accord avantageux pour l’industrie lourde et technologique européenne

En l’état et avant la négociation des accords de libre-échange avec l’île du Soleil Levant, l’Europe pâtissait d’un déficit commercial sur les produits et biens manufacturés importés du Japon. En effet sur la période 2015 à 2017, la balance commerciale annuelle oscillait entre -3 milliards et -8,6 milliards d’euros. Le protocole prévoit que 97% des droits de douanes des exportations européennes vers le Japon seront abolis, correspondant à une réduction d’un peu plus d’1 milliard d’euros.

Les importations japonaises vers l’Europe dominent dans plusieurs domaines, notamment la machinerie de construction et agronomique, la machinerie électrique, les véhicules motorisés, les instruments médicaux et optiques de pointe, les produits de chimie lourde, moyenne et fine et enfin l’électronique grand public.

Les produits exportés par l’Europe vers le Japon concernent en majorité les véhicules (voitures, motos, avions), la machinerie moyenne et lourde, les produits pharmaceutiques, les instruments optiques et médicaux, la machinerie électrique, le textile, l’habillement et les produits de luxe.

La position de l’Europe et du Japon sur le plan des produits manufacturés est celle de concurrents, les deux territoires proposant des biens à haute valeur ajoutée et de haute technicité, l’avantage compétitif de l’Europe est minimal face au Japon, la barrière douanière crée donc des obstacles principalement économiques qui rendent les produits européens plus chers que les homologues japonais. Pour de nombreux secteurs industriels, notamment l’automobile, le Japon va s’harmoniser avec les normes européennes pour faciliter l’accès des marques européennes sur le marché du Soleil Levant, ce qui lève de nombreuses barrières réglementaires à l’entrée qui rendaient l’installation d’entreprises européennes très complexe sur l’archipel.

Echanges commerciaux de biens entre 2015 et 2017 en milliards €

Année Imports UE Exports UE Balance commerciale (en Mds €)
2015 59.8 56.5 -3.3
2016 66.7 58 -8.6
2017 68.9 60.5 -8.4

 

Les gains économiques tirés du JEFTA seront importants pour l’Europe car ils permettront une augmentation importante des exportations, notamment dans l’agroalimentaire et la grande distribution. Ce secteur est déjà un marché de 5,7 milliards d’euros et les débouchés sont nombreux sur le marché japonais en pleine expansion. Les perspectives pour l’agro-tech et la food-tech, déjà particulièrement développée en Europe de l’Ouest, sont optimistes pour le ministère de l’agriculture français, allemand et espagnol qui tablent sur une croissance de plus de 5% jusqu’en 2025. Les entreprises du textile, de l’automobile et de l’électronique grand public (téléphones, objets connectés, capteurs, domotique…) jouiront également de cet accord.

Pour les consommateurs, les bénéfices sont substantiels puisqu’ils permettent de faire baisser les droits de douane sur les produits importés, donc de voir leur pouvoir d’achat augmenter. Les entreprises et les emplois tireront parti d’un marché libéralisé des deux côtés englobant les problématiques de tarifs et de barrières à l’entrée des marchés.

 

Les échanges commerciaux de service, largement favorables à l’Europe, notamment dans les nouvelles technologies.

Si le Japon vend plus de biens à l’Europe qu’il n’en importe, la situation sur le secteur des services, toutes activités confondues, est largement positif pour le Vieux Continent qui enregistre plus de 13 milliards d’euros de profits en 2016. Le cumul import/export de l’industrie et des services entre les deux marchés est à l’équilibre, d’où l’intérêt d’un marché commun bénéfique aux deux acteurs à de nombreux titre.

Année Imports UE Exports UE Balance
2014 15.1 25 10
2015 16.1 27.6 11.6
2016 18 31 13

 

Services financiers, e-commerce, télécommunications, transports, services informatiques et systèmes d’informations sont les principaux secteurs en forte demande au Japon. Une ouverture du marché plus grande à ces services, en particulier l’accès aux marchés publics japonais pour les grandes entreprises de l’Union Européenne aura des retombées économiques très favorables.

Premièrement, l’accord a été à un moment important, au cours duquel Donald Trump a annoncé de fortes hausses des taxes d’importations américaines, qui rendent les biens européens et leurs services associés moins compétitifs. Selon Bertelsmann, la hausse des taxes annoncée par Trump laisse prévoir un manque à gagner de 20 milliards de dollars (15 milliards d’euros) sur tous les produits technologiques (qui intègrent des services digitaux et numériques) pour l’économie européenne jusqu’en 2019.

Un basculement du commerce et des services européens vers l’archipel est annoncé, il constitue un marché B to B et B to C très solide, arrivant à point nommé. Le Japon est une économie en déficit de population, au marché vieillissant qui, bien que très riche, pourrait largement profiter de la constellation de PME européennes innovantes. Soutenues par les grandes entreprises, les services spécialisés dans le Big Data, l’Intelligence artificielle, le machine learning et deep learning , la robotique, le cloud et la health-tech auront fort à gagner de cet accord.

 

Le Japon et la RGPD : vers le plus grand marché mondial de la donnée

Le JEFTA ne consiste pas uniquement en la levée de barrières douanières, mais aussi, et surtout, de la création d’un gigantesque espace de flux de données sécurisées. Les deux partenaires traitent sur un pied d’égalité, les compagnies japonaises et européennes bénéficieront respectivement d’un accès libre et privilégié aux données. La protection des données personnelles se fera sous l’égide du RGPD, la Japon a décidé de s’aligner sur la législation européenne pour s’harmoniser avec l’Europe et garantir un niveau élevé de protection des données à des fins commerciales vis-à-vis des puissances étrangères, notamment la Chine et les États-Unis. Des règles contraignantes pour le Japon obligeront les entreprises de l’archipel à faire vérifier par l’autorité indépendante japonaise de protection des données lorsque des données d’européens quittent l’UE, et inversement. Cet accord est donc symbolique du fait qu’un pays totalement extérieur à l’Union Européenne vient appliquer un de ses règlements comme le ferait un pays membre. Pour les entreprises technologiques européennes et françaises, c’est une aubaine, car elles bénéficient d’un avantage compétitif par rapport aux Etats-Unis et à la Chine. Mais attention, pour autant, les habitudes culturelles et de consommation des japonais sont loin d’être en tout point identiques à celles des européens. Il faudra avancer avec prudence, notamment grâce à une quantité nouvelle de données venues de l’archipel.

 

En définitive, le JEFTA, ce ne sont que des avantages

Oui en grande partie. Sur le principe, cet accord signe une avancée importante pour l’UE qui continue d’étendre son marché commercial, qui avec le Japon sera le 1er marché mondial commercial et des données.

On déplore cependant un grand absent de ces accords : la question des investissements européens au Japon. Si le pays du Soleil Levant semble enclin à plus commercer avec l’Europe, les barrières à l’investissement des compagnies européennes au Japon sont, pour le moment, toujours présentes. Rien ne dit qu’à l’avenir elles soient levées si le Vieux Continent se montre être un partenaire digne de confiance.